27/10/2009

Archive 27 01 2009

La fatigue est une bonne chose finalement....

L’éloge de la fatigue   

 

Vous me dites, Monsieur, que j’ai mauvaise mine,

Qu’avec cette vie que je mène, je me ruine,

Que l’on ne gagne rien à trop se prodiguer

Vous me dites, enfin, que je suis fatigué.

 

Oui, je suis fatigué, Monsieur et je m’en flatte.

J’ai tout de fatigué : le cœur, la voix, la rate

Je m’endors épuisé, je me réveille las,

Mais grâce à Dieu, Monsieur, je ne m’en soucie pas

Ou quand je m’en soucie, je m’en ridiculise ;

La fatigue, souvent, n’est qu’une vantardise,

On n’est jamais aussi fatigué qu’on le croit !

Et quand cela serait, n’en a-t-on pas le droit ?

 

Je ne vous parle pas des sombres lassitudes

Qu’on a, lorsque le corps harassé d’habitudes,

N’a plus, pour se mouvoir, que de pâles raisons

Lorsqu’on a fait de soi son unique horizon,

Lorsqu’on à rien à perdre, à vaincre ou à défendre,

Cette fatigue-là est mauvaise à entendre

Elle fait le front lourd, l’œil morne et le dos rond

Et vous donne l’aspect d’un vivant moribond.

 

Mais se sentir plier sous le poids formidable

Des vies dont, un beau jour, on s’est fait responsable,

Savoir qu’on a des joies ou des pleurs dans ses mains

Savoir qu’on est l’outil, qu’on est le lendemain,

Savoir qu’on est le chef, savoir qu’on est la source

Aider une existence à continuer sa course

Et, pour cela se battre à s’en user le cœur

Cette fatigue-là, Monsieur, c’est du bonheur !

 

Et sûr qu’à chaque pas, à chaque assaut  qu’on livre,

On va aider un être à vivre ou à survivre

Et sûr qu’on est le port ou la route ou le gué,

Où prendrait-on le droit d’être trop fatigué ?

 

Ceux qui font de leur vie une belle aventure

Marquent chaque victoire en creux sur leur figure

Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus

Parmi tant d’autres creux, il passe inaperçu

 

La fatigue, Monsieur, c’est un prix toujours juste

C’est le prix d’une journée de labeur et de lustre

C’est le prix d’un labour, d’un mur ou d’un exploit ;

Non pas le prix qu’on paie, mais celui qu’on reçoit

C’est le prix d’un travail, d’une journée remplie

C’est la preuve, Monsieur, qu’on vit avec la vie

 

Quand je rentre le soir et que ma maison dort,

J’écoute mes sommeils et là, je me sens fort

Je me sens tout gonflé de mon humble souffrance

Et ma fatigue à moi, c’est une récompense.

 

Et vous me proposez d’aller me reposer

Mais si j’acceptais là ce que vous proposez

Si je m’abandonnais à cette douce intrigue,

Mais je mourrais Monsieur, tristement, de fatigue !

 

Robert LAMOUREUX.

Paris 1955

20:55 Écrit par Pascaline | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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